26-11-2019 Wouter Polspoel

Comment les entrepreneurs gèrent-ils les déchets sur le chantier ?

Au niveau mondial, le secteur de la construction est responsable de 40 % des déchets produits. La construction circulaire va faire baisser sensiblement ce pourcentage, mais elle n’en est qu’à ses balbutiements. La question se pose donc : comment les entrepreneurs gèrent-ils actuellement la problématique des déchets ? D’une manière responsable, selon notre coup de sonde.

Ces 40 % de déchets ne finissent heureusement pas tous à la poubelle. D’après le Global Circularity Report présenté début 2018 par Circle Economy, si environ 90 % de toutes les matières premières utilisées dans le monde sont jetées en fin de vie, ce pourcentage est nettement moins élevé dans le secteur de la construction. Différentes études montrent qu’en Flandre le secteur du bâtiment réutilise aujourd’hui 90 % des déchets qu’il produit. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour les entrepreneurs ? Suivent-ils une méthodologie particulière pour le traitement des déchets ? Que font-ils avec les déchets dangereux ? Peuvent-ils compter sur un soutien suffisant des pouvoirs publics ? Et comment sensibilisent-ils leurs collaborateurs ?


« Un traitement correct des matériaux de construction est crucial »

« Un traitement correct des matériaux de construction est crucial pour limiter autant que possible la quantité de déchets sur le chantier », explique Francis Lauwers, co-gérant chez BOUD à Willebroek. « Eviter de commander plus que nécessaire, gérer soigneusement les stocks, utiliser les chutes au maximum… Nous stockons temporairement les matériaux de démolition susceptibles d’être réutilisés, pour pouvoir les réemployer si possible sur le chantier même ou sur un autre. Il s’agit d’isolants, de profilés en acier, de bois de charpente, de dalles de plancher en pierre. Cela peut aussi se faire sous une autre forme. Il nous arrive par exemple de récupérer du bois de charpente pour en faire des coffrages. Pour rendre cela possible, nous essayons dans la mesure du possible de travailler avec les mêmes matériaux sur nos différents chantiers. Travailler avec des éléments préfabriqués contribue aussi à la réduction de la quantité de déchets sur chantier. Aucune adaptation sur site n’est en effet requise. Ce qui est en trop, est alors considéré comme déchet. Ce n’est qu’après avoir demandé à nos travailleurs et à nos confrères s’ils peuvent faire quelque chose avec les matériaux restants ou avoir proposé ceux-ci sur 2ememain.be, que nous les trions comme il se doit en différentes fractions. Nous faisons enlever régulièrement les déchets, de sorte que nous gardons le contrôle et que les différentes fractions ne se mélangent pas. 

 

« Nous stockons temporairement les matériaux de démolition susceptibles d’être réutilisés, pour pouvoir les réemployer si possible sur le chantier même ou sur un autre. Cela peut aussi se faire sous une autre forme. Il nous arrive par exemple de récupérer du bois de charpente pour en faire des coffrages. »
Francis Lauwers, BOUD

 

Même son de cloche chez ARWO-BOUW à Arendonk. « Par le passé, nous nous concentrions sur le tri des déchets, mais cela prenait trop de temps. De plus, les containers prenaient beaucoup de place sur le chantier, et cela représentait un coût important alors que cela ne fait pas partie du core business d’un entrepreneur en construction. C’est pourquoi, avec la prise de conscience croissante chez les entrepreneurs que les déchets entraînent aussi un coût écologique en plus du cout économique, l’accent s’est à présent déplacé vers la façon d’éviter les déchets, en réfléchissant davantage en amont et en réemployant autant que possible les déchets en aval », affirme Erik Woestenborghs, gérant. « Nous nous sommes par exemple réorientés vers la construction en CLT, un système de préfabrication fait de parois, planchers et poutres en bois croisé-laminé. Ce système fait usage d’une ressource renouvelable, le bois, est démontable et donc réutilisable. De plus, la préfabrication a comme avantage, comme l’a déjà relevé mon confrère, de diminuer la quantité de déchets sur le chantier. »


Plus l’habitation à rénover est récente, plus grande est la quantité de déchets

Tous les chantiers ne génèrent pas la même quantité de déchets. « La rénovation produit plus de déchets que la construction neuve », affirme Lauwers. « Et plus l’habitation à rénover est récente, plus grande est la quantité de déchets produite. L’isolant est en effet souvent de piètre qualité et on trouve beaucoup de plastique dans l’habitation, ainsi que des matériaux combinés qui sont collés entre eux et sont impossibles à dissocier sans dommages. Les sols en parquets en sont un bon exemple. »


Politique : peut mieux faire

Tant BOUD qu’ARWO-BOUW sont d’avis que les pouvoirs publics pourraient mener une politique plus performante en matière de déchets. « Le gouvernement se focalise trop sur la répression d’anciennes activités et de produits polluants. Il devrait investir davantage dans la recherche et le développement et créer un cadre légal clair permettant aux innovations respectueuses de l’environnement d’être appliquées plus rapidement voire obligatoirement », selon Woestenborghs.

« Il devrait y avoir davantage de points de collecte pour les différents matériaux », complète Lauwers. « La collaboration entre fabricants et autorités publiques pourrait aussi être meilleure. J’ai ainsi été récemment en contact avec Renewi et ROCKWOOL. Selon eux, leur organisation pour remettre les déchets résiduels dans la production est encore de trop grande ampleur, ce qui la rend seulement accessible pour les grosses entreprises de traitement. La collecte des résidus à petite échelle n’est pas encore vraiment rentable. »

 

Sensibilisation

Les entreprises sensibilisent elles-mêmes leurs travailleurs. « Nous organisons chaque mois un atelier pratique par lequel nous expliquons à nos collaborateurs comment réduire la quantité de déchets et comment gérer ceux-ci. Ils doivent être conscients que nos ressources ne sont pas inépuisables et qu’il nous faut par conséquent les utiliser de façon économe et raisonnée. Jeter pour acheter du neuf n’est pas forcément toujours la meilleure option. Réparer pour réutiliser fonctionne aussi », conclut Lauwers.


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